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Bon anniversaire Monika -

Hier, nous avons eu le plaisir d’avoir un message des gars sur la route. une première étape qui les a conduits 100km avant Maun au Botswana. Comme nous communiquons par SMS, je n’en sais pas plus sur le premier passage de frontière entre la Namibie et le Botswana, juste que tout va bien. Ouf! Leur progression devrait ce soir les amener aux portes du Zimbabwe.
Serge après une passe difficile de 36 heures avec une perte de moral comme jamais connue jusqu’alors, semble ce jour reprendre le dessus. Pour les anecdotes il m’a dit:
–  » J’étais déprimé jeudi soir et je suis tombé sur une boite de madeleines, je les ai toutes mangées – ce soir (vendredi) j’ai pris une douche sous la pluie et j’ai fait un brin de lessive ». Je connais Serge suffisamment pour comprendre qu’il a totalement décompensé suite aux efforts fournis dans le tourbillon où il a n’a jamais rien lâché physiquement ni moralement puis subitement il a parcouru 100 milles nautiques en 2 jours et là il a complètement craqué.
– » Je n’ai plus envie de continuer comme cela, tu te rends compte le temps que je vais mettre et pour la suite…. cela décale d’autant. Et puis je vois des cailloux pas loin, je vais surveiller cette nuit et puis j’ai du vent d’Est et je ne peux pas tenir le cap souhaité (c’était hier matin), les routeurs m’avaient dit que vent et courant seraient portants et là c’est pas possible et puis … et puis ».
Que de lamentations! Je sais aussi que Serge accuse le coup de cette rallonge imprévue, il s’était programmé pour remonter et passer entre Mayotte et les Comores, après étude de la route et des conditions de courants et de vents, Sat Océan et Sea Rout ont décidé de le faire passer au Nord des Comores, ce qui rallonge encore un peu et cela Serge a eu du mal à l’accepter. Je crois que tout est digéré maintenant, d’autant qu’il sait bien au fond de lui même que si cette route est proposée, c’est qu’elle est moins hasardeuse que la précédente, même si elle reste encore compliquée, il suffit de regarder la carte sur le lien de Sat Océan pour s’en rendre compte. Je réalise aussi qu’il a le temps de gamberger tout seul à bord. Il m’a répété bien souvent ces derniers temps que de toute façon il était tout seul à bord et qu’il n’y avait rien à faire pour lui à distance, que lui seul subissait et qu’il était à la merci des vents, des courants, des vagues. On doit effectivement se sentir très petit et très humble mais je ne perds pas de vue que c’est son choix et que je ne vais pas le plaindre.
Ce matin, j’ai retrouvé Serge avec une bonne voix, il doit avoir ce jour la visite de l’Adroit, patrouilleur français pour lui apporter de l’eau. Il me dit qu’il voit Mayotte au loin depuis quelques jours et que cela ne lui donne pas l’impression d’avancer. Je ne peux que croiser les doigts, que tout se passe pour le mieux pour lui, je ne sais pas s’il se rend compte à quel point, nous pouvons être derrière lui ou plutôt avec lui, même s’il est difficile d’imaginer ce qu’il vit ou de se mettre à sa place. Je pense à sa famille en premier lieu et à sa maman en particulier qui avec sa tablette suit Serge point par point ou presque et qui pense à lui chaque seconde qui passe.
Ravitaillement et contact humain pendant 20 minutes entre 13H00 et 13H20. Serge a la voix presque mélodieuse en me racontant cette entrevue. Je lui laisse la primeur demain de vous raconter tout cela de vive voix lors de son message audio. Ce que je peux vous dire c’est qu’il a récupéré 62 litres d’eau et qu’il est paré pour atteindre le Mozambique en toute quiétude de ce côté là. Le dessalinisateur sera révisé en Namibie avant le départ pour l’océan Atlantique…. une autre histoire. Merci au CROSS de la Réunion, à Cédric en particulier et aux marins qui lui ont rendu visite. Une belle histoire!
Pour nous ce fut le calme plat ou presque sur Pemba en ce long week-end. Comme mon moral dépend de celui de Serge autant dire que je me sens mieux également ce jour même si je reste sur le qui vive tant qu’il n’aura pas accroché le courant au nord des Comores qui lui permettra de tracer plein Ouest. En fait, rien ne semble jamais acquis, cela rend certainement palpitante l’Aventure mais il y a des émotions dont on se passerait bien. En même temps, il serait si simple d’être à la maison de s’installer confortablement dans son canapé et de regarder la télé avec notre chat qui ronronne sur les genoux! Mais tel n’est pas notre choix alors on ne va pas se plaindre.
A demain pour la suite de l’aventure.