Archives mensuelles : mai 2015

Bien arrivés -

A 12H30, David et Bertrand arrivent après 3 800 km et 5 jours et demi sur la route et avoir franchi 3 frontières, 6 postes de police et douane, sans compter les multiples contrôles de police.
Quel bonheur de les voir tout frais et en bonne forme même pas affectés par leur nombreuses heures de route.
Une partie de la journée fut dédiée à trouver un bateau pour assister Serge en cas de besoin, le vent qui vient du sud ne rend pas la progression aisée pour atteindre Pemba et effectivement les routeurs ne sont pas confiants quant à la possibilité de pouvoir atteindre cet objectif. Ils sont sur le pied de guerre depuis la remontée de Middleton vers le Nord soit depuis 1 semaine. Et je sais qu’ils font un travail d’enfer, suivent Serge à la trace et gardent le contact avec lui plusieurs fois par jour.
Nous faisons la rencontre de John et Beverly, sud-africains qui vivent au sud du Mozambique et une bonne partie de l’année sur leur catamaran à sillonner le monde. Ils vont durant 3 heures activer tout leurs contacts et nous verrons 5 personnes, skippers et propriétaires de la poignée de bateaux qui sont au mouillage à l’ancre car ici, il n’y a ni marina, ni port de plaisance, nada. Il y a face à nous, 3 bateaux à moteur et 4 catamarans en tout et pour tout. Ce qui du reste est déjà pas mal!
Y a t il d’autres possibilités plus nord, certes il y a Palma, juste en dessous de la Tanzanie et demain, je pense que nous aviserons si nous devons rejoindre cette petite ville portuaire (soit une journée à passer sur la route) sachant qu’il ne restera que vendredi pour toutes les démarches administratives et trouver un bateau ce qui est déjà impossible ici à Pemba.
Demain sera un autre jour mais je suis à l’image de Serge mes réserves commencent à s’amenuiser pour trouver des solutions dans un pays où tout est long et compliqué et maintenant le temps qui passe ne joue pas en notre faveur. Je ne sais franchement pas si il est possible d’organiser en une journée une arrivée éventuelle plus au nord, même avec la meilleure volonté du Monde. Y aura t il un miracle?
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Notre premier joyau: une Opale de Feu -

Eclatant, intense et scintillant, voici une présentation de notre premier joyau tout droit sorti de notre caverne d’Ali Baba et gare aux 40 voleurs, car si j’ouvre le coffre de notre malle, nous avons encore de nombreux joyaux à vous présenter:
Ce jour, notre webmestre
Nom : BRAUDEL
Prénom : Anne
Surnom : Nanne pour les parents, La Braud’ pour les intimes
Age : née le 16 avril 1965 je laisse faire la calcul pour trouver mon âge car, cette année 2015, son résultat m’effraye
Profession : un peu prof de maths et un peu informaticienne
Hobbies : les maths et l’informatique, et aussi la chorale
Le nom de votre (vos) animaux de compagnies : ni Titi, ni Tom, ni Jerry, ni Nemo, ni Tic ou Tac, ni Donald, ni Mickey…
Votre animal préféré : le chat
Ce que vous aimez : plein de choses
Ce que vous n’aimez pas : peu de choses
Votre qualité : y’a qu’à demander aux autres
Votre défaut : pinailleuse
Les qualités et les défauts que vous aimez chez les autres : la franchise, l’enthousiasme, la bonté, la compassion, la naïveté
Votre musique préférée : la musique baroque en général, l’air des sauvages dans les Indes galantes de Rameau en particulier
Votre film préféré : fenêtre sur cour, avec Grace Kelly et James Stewart
Votre couleur préférée : l’orange du soleil couchant
Votre plat préféré : une bonne tartine de baguette fraîche avec du beurre demi-sel
Votre rêve le plus fou d’une façon générale : un monde équitable où chacun s’épanouit et respecte l’homme et son environnement
Une situation cauchemardesque que vous n’aimeriez pas vivre d’une façon générale : le deuil
Définir le rôle que vous pensez jouer dans ce tour du Monde : conseil en informatique
Est-ce votre première collaboration ? Oui, et pour une première, ça démarre fort avec le Tout du Monde !
Depuis quand êtes-vous rentré dans l’aventure : depuis le 13 juillet 2013
Quelle est votre fonction : assistance informatique sous des formes diverses
Comment abordez-vous la chose (difficulté ou autres pour vous dans votre tâche, fonction) : avec plaisir, Serge et Laure ont toujours plein d’idées que j’aime concrétiser
Ce que vous inspire ce projet de Tour du Monde : totale folie
Vos pronostics de réussite de Serge : Inch Allah !
Ce que Serge vous inspire – ce que ce défi vous inspire : total respect
Qu’est-ce qui vous fait vibrer personnellement dans ce périple : le voyage

Petit mot de Laure: Anne est une Opale de feu car tout feu tout flamme, un enthousiasme débordant, une disponibilité sans réserve, animée par l’envie d’améliorer toujours les choses. Une collaboration incroyable depuis plusieurs mois qui se poursuit durant ce Tour du Monde.

La malle se referme pour ce soir, elle s’ouvrira prochainement sur un Saphir
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Quoi vous dire -

Mon sang se sera figé plus d’une fois aujourd’hui.
Ce matin Serge va mieux, ouf, il a pu s’alimenter mais son cap n’est pas bon pour passer au dessus de Grand Comores et ce soir, je suis dans l’expectative de me dire que peut-être tout s’arrêtera demain…
Les vents sont Sud à Sud Est sur les simulations mais Serge me dit que « In Situ » ils sont d’Est et qu’il a ramé toute la journée pour essayer de maintenir un cap à 300°, une nouvelle fois en vain…. Il en a plein les bras me dit-il!
Une dérive prévue cette nuit vers l’ouest et si les vents ne s’orientent pas comme prévus ou souhaités, je ne sais pas ce qu’il adviendra de Serge et Middleton demain midi. Comment dire les choses autrement alors que cela fait 3 jours que je « serre » les fesses concernant ce passage encore une fois délicat. Et Serge qui passe par des bas plus que par des hauts en ce moment. Mon sang se fige!
Ce matin, David et Bertrand ont été bloqués par la police au Zimbabwe au poste frontière de Mutare, car il manquait soit disant un papier pour les véhicules (il n’y manquait pas pour y entrer!). Bref nous savons que les policiers et douaniers aux frontières au Zimbabwe ont coutume de poser des problèmes là où il n’y en a pas, une façon d’obtenir un petit quelque chose en plus, si vous voyez ce que je veux dire alors que le visa coute la bagatelle de 100 US$ dans un des pays les plus pauvres du monde! Mon sang se fige mais 2 heures plus tard, ils sont au Mozambique. Ouf, le sang circule.
A Pemba: La fabrication du support que nous appellerons « berceaux » pour poser Middleton dessus, est commencé après avoir mis 2 heures ce matin à tourner dans la ville pour trouver les matériaux adaptés. Puis ce fut 2 allers-retours chez Bolloré pour apposer une signature sur une lettre pour le département maritime. Ensuite il fallait trouver un véhicule de location pour 2 jours en attendant les gars, ce que nous avions déjà trouvé sauf que nous apprenons qu’il faut laisser l’original de notre passeport!!! Je n’ai jamais vu cela. Mon sang se fige! Dans une autre agence, ils vous débitent votre carte bleue de 64 000 Meticals soit 1800€ et vous les re créditent ensuite. Autant dire que les frais de change et commissions bancaires de notre chère banque au Havre, pour une telle somme sont exorbitants et que nous paierons du coup 2 fois le prix de la location du véhicule qui s’élève à 90€ par jour !
Enfin, le prix pour une journée en mer avec un bateau à moteur = 3000 US $, j’étais assise quand j’ai fait répéter ce prix par deux fois. Mon sang se fige! Il reste à trouver d’autres pistes d’autant que nous savons déjà que l’approche des côtes du Mozambique ne sera pas simple et qu’il est impératif, d’aller au devant de Serge.

Je ne sais pas où on va mais on y va gaiement et je serais tentée de céder ce soir à l’abandon d’une telle hérésie. Je n’ai jusqu’alors jamais dit, ni pensé que les divers challenges des dernières années relevaient de la folie mais ce soir je me dis que toute cette histoire commence à prendre une folle tournure. Ce challenge est un défi hors norme je le savais avant de partir. Je me doutais aussi que la flexibilité de lieu et de temps dont nous devons faire preuve empêche une organisation carrée qui doit sans cesse s’ajuster et qui coûte les yeux de la tête, ce côté là Serge l’avait minimisé! Sans penser à ce côté pécuniaire (en 2004, nous avions emprunté de l’argent personnellement à notre retour pour éponger le déficit de la traversée Dakar-Le Caire et nous n’en sommes pas morts), pire encore je me dis que demain Serge peut aller s’échouer sur Grand Comores et que l’aventure sera vite terminée!!!
Mon corps est au Mozambique mais mon esprit s’enlise dans un marasme gluant dans lequel j’étouffe.
Tandis que mon sang se fige, c’est une hémorragie d’ondes négatives qui exultent ce soir. Et comme d’habitude la terre continue de tourner avec des milliers de morts au Népal et la naissance de la princesse Charlotte… Tellement enthousiasmant!
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Grise mine pour un dimanche -

C’est la fin de ce grand week-end à rallonge avant le prochain en France, car au Mozambique le 8 mai n’est pas férié. Tant mieux pour préparer l’arrivée ce sera plus commode car ici la chaleur donne une certaine langueur à l’action, c’est à dire doucement le matin et pas trop vite l’après-midi, pour reprendre une expression bien de chez nous et bien-sûr il ne faut pas généraliser.
Hier midi, les 4 bungalows de notre Bush Camp étant réservés, nous nous sommes repliés sous tente et ce fut justement la première nuit où nous avons essuyé un orage et de forte pluie depuis notre arrivée au Mozambique le 25 avril. Nos nombreux bagages étaient bien à l’abri dans le pick-up bâché mais c’était sans compter sur les trous dans la bâche et ce midi ayant réintégré un bungalow, nous avons fait sécher nos bagages et ce qu’il y avait d’humide à l’intérieur. En tout cas, cela nous a occupé un petit moment.
Après la bonne journée d’hier, ce matin Serge me dit qu’il n’a quasiment pas dormi. D’une part, un bateau encore non signalé (ce n’est pas le premier et ils ont l’air nombreux dans le secteur) se trouvait sur la route de Middleton. Serge ne pouvant pas le contourner et ne pouvant pas se mettre en relation avec lui car ce bateau était tous feux éteints et certainement tout électronique coupé, a décidé d’utiliser une balise blanche pour se signaler. Dans les minutes qui ont suivis, le bateau a pris « ses clics et ses clacs » et est parti. Ce canal du Mozambique est très rassurant…. Serge ne dort couché que sur une oreille, on comprend vite que la tension nerveuse est omniprésente dans ce contexte et cela depuis 12 jours maintenant.
Puis ce matin forte pluie et vent important: Serge était transi de froid par la pluie et le vent malheureusement de SSE qui le pousse un peu trop à l’ouest. Il devrait remonter plus nord encore avant de rattraper le bon courant. Il n’y a rien d’alarmant car Serge est assez loin de Grand Comores. Mais il n’est pas très rassuré, je le sens à sa voix fatiguée pleine de doute. Il ne peut pas ramer ce matin car les conditions de pluies de vent…. ne lui permettent pas d’être dehors au raz de l’eau dans son bateau. Demain, il semblerait que les vents soient plus sud et ainsi aident Serge à tenir un meilleur cap. On parlera de Cap Idéal, ce fameux « Idéal » si difficile à tenir dans ce canal tourbillonnant.
Ce soir, Serge a le mal de mer. Il a subi cette journée en mer pour reprendre un terme qu’il a employé. Le ciel est resté couvert toute la journée, la pluie a cessé mais le vent soutenu ne lui a laissé que 30 minutes de répit. « Ca Brasse » me dit-il. Après 1 minute au téléphone, il me dit qu’il me laisse qu’il ne se sent pas bien. Il a changé son patch de Scopoderm et mis une aiguille d’acupuncture au menton comme Guillaumette le lui a montré.
Je vais aller me coucher en priant que le Dieu Eole soit favorable demain à savoir plein sud et que la mer soit moins agitée pour que Serge soit moins nauséeux et puisse reprendre les avirons.
Je ne peux penser à rien d’autre en ce moment et nous n’avons pris aucune photo, René et moi ce jour.
Hier soir, David et Bertrand étaient déjà au Zimbabwe, j’espère qu’ils ne font pas plus que force, d’autant qu’ils ont un peu de temps pour arriver. Ce soir, ils sont à Mutare, aux portes du Mozambique. Que d’inquiétudes! Comment se détendre! Je n’ai pas de recettes mais ce sentiment d’impuissance est assez désagréable.

Bon anniversaire Monika -

Hier, nous avons eu le plaisir d’avoir un message des gars sur la route. une première étape qui les a conduits 100km avant Maun au Botswana. Comme nous communiquons par SMS, je n’en sais pas plus sur le premier passage de frontière entre la Namibie et le Botswana, juste que tout va bien. Ouf! Leur progression devrait ce soir les amener aux portes du Zimbabwe.
Serge après une passe difficile de 36 heures avec une perte de moral comme jamais connue jusqu’alors, semble ce jour reprendre le dessus. Pour les anecdotes il m’a dit:
–  » J’étais déprimé jeudi soir et je suis tombé sur une boite de madeleines, je les ai toutes mangées – ce soir (vendredi) j’ai pris une douche sous la pluie et j’ai fait un brin de lessive ». Je connais Serge suffisamment pour comprendre qu’il a totalement décompensé suite aux efforts fournis dans le tourbillon où il a n’a jamais rien lâché physiquement ni moralement puis subitement il a parcouru 100 milles nautiques en 2 jours et là il a complètement craqué.
– » Je n’ai plus envie de continuer comme cela, tu te rends compte le temps que je vais mettre et pour la suite…. cela décale d’autant. Et puis je vois des cailloux pas loin, je vais surveiller cette nuit et puis j’ai du vent d’Est et je ne peux pas tenir le cap souhaité (c’était hier matin), les routeurs m’avaient dit que vent et courant seraient portants et là c’est pas possible et puis … et puis ».
Que de lamentations! Je sais aussi que Serge accuse le coup de cette rallonge imprévue, il s’était programmé pour remonter et passer entre Mayotte et les Comores, après étude de la route et des conditions de courants et de vents, Sat Océan et Sea Rout ont décidé de le faire passer au Nord des Comores, ce qui rallonge encore un peu et cela Serge a eu du mal à l’accepter. Je crois que tout est digéré maintenant, d’autant qu’il sait bien au fond de lui même que si cette route est proposée, c’est qu’elle est moins hasardeuse que la précédente, même si elle reste encore compliquée, il suffit de regarder la carte sur le lien de Sat Océan pour s’en rendre compte. Je réalise aussi qu’il a le temps de gamberger tout seul à bord. Il m’a répété bien souvent ces derniers temps que de toute façon il était tout seul à bord et qu’il n’y avait rien à faire pour lui à distance, que lui seul subissait et qu’il était à la merci des vents, des courants, des vagues. On doit effectivement se sentir très petit et très humble mais je ne perds pas de vue que c’est son choix et que je ne vais pas le plaindre.
Ce matin, j’ai retrouvé Serge avec une bonne voix, il doit avoir ce jour la visite de l’Adroit, patrouilleur français pour lui apporter de l’eau. Il me dit qu’il voit Mayotte au loin depuis quelques jours et que cela ne lui donne pas l’impression d’avancer. Je ne peux que croiser les doigts, que tout se passe pour le mieux pour lui, je ne sais pas s’il se rend compte à quel point, nous pouvons être derrière lui ou plutôt avec lui, même s’il est difficile d’imaginer ce qu’il vit ou de se mettre à sa place. Je pense à sa famille en premier lieu et à sa maman en particulier qui avec sa tablette suit Serge point par point ou presque et qui pense à lui chaque seconde qui passe.
Ravitaillement et contact humain pendant 20 minutes entre 13H00 et 13H20. Serge a la voix presque mélodieuse en me racontant cette entrevue. Je lui laisse la primeur demain de vous raconter tout cela de vive voix lors de son message audio. Ce que je peux vous dire c’est qu’il a récupéré 62 litres d’eau et qu’il est paré pour atteindre le Mozambique en toute quiétude de ce côté là. Le dessalinisateur sera révisé en Namibie avant le départ pour l’océan Atlantique…. une autre histoire. Merci au CROSS de la Réunion, à Cédric en particulier et aux marins qui lui ont rendu visite. Une belle histoire!
Pour nous ce fut le calme plat ou presque sur Pemba en ce long week-end. Comme mon moral dépend de celui de Serge autant dire que je me sens mieux également ce jour même si je reste sur le qui vive tant qu’il n’aura pas accroché le courant au nord des Comores qui lui permettra de tracer plein Ouest. En fait, rien ne semble jamais acquis, cela rend certainement palpitante l’Aventure mais il y a des émotions dont on se passerait bien. En même temps, il serait si simple d’être à la maison de s’installer confortablement dans son canapé et de regarder la télé avec notre chat qui ronronne sur les genoux! Mais tel n’est pas notre choix alors on ne va pas se plaindre.
A demain pour la suite de l’aventure.
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