Plan B -

Que dire à part qu’il fallait trouver des solutions pour ne pas voir Serge tourner encore en rond à Noël prochain dans le canal du Mozambique face à Madagascar.
A 5H00, ce matin, je me lève et je me dis il faut agir, prendre des décisions, voir les possibilités offertes pour sortir Serge de ce tourbillon infernal dans lequel il s’enlise chaque jour qui passe et l’use jusqu’à la trame.
A 5H30, je réveille Michel, Maxime…. Je suis navrée mais mon coeur n’a fait qu’un tour lorsque j’ai vu la trace de cette nuit. Hier matin, nous avions pris la décision d’attendre mais là il n’est plus temps d’attendre. D’ailleurs Maxime dira que nous aurions dû agir il y a 3 jours de celà, prendre les décisions à ce moment-là, plutôt que d’espérer que les conditions ne deviennent favorables. Il faut se rendre à l’évidence, elles ne seront jamais favorables à l’intersection de 2 tourbillons de courant avec du vent +++ comme ce matin, lorsque Serge me dit qu’il a 10 à 15 noeuds de vent qui lui permettent tout juste de tenir un cap à 270° alors qu’il faudrait qu’il tienne un cap de 210° pour se sortir de là……
Avec le vent, et si les vagues sont transversales au bateau, il risque de chavirer… bref, il faut qu’il sorte de cette zone et la consigne sera de pivoter face au courant et au vent, perpendiculaire aux vagues même si la progression sera minimum, proportionnellement à la dépense physique qui est énorme. Le jeu en vaut la chandelle et Serge l’a bien compris alors il s’accroche.
25 kilomètres le sépare du point idéal plus au sud qui lui permettra enfin d’entamer la traversée, ce sera sans doute 2 voir 3 jours d’un rythme de galérien mais c’est la seule issue possible. Dieu qu’il est difficile d’être impuissant à distance, même à dose homéopathique, notre présence est déterminante, je le sens et celle des routeurs aussi.
Serge est surveillé comme l’eau sur le feu et c’est pourquoi les points de la balise ont été réglés sur une fréquence rapprochée toutes les 15 minutes au lieu de 1 heure habituellement.
Je tiens à saluer l’omniprésence en cette journée de Maxime de Sat Océan avec lequel j’ai beaucoup conversé par mail et téléphone.
Même si Serge est seul sur l’eau, la présence terrestre est primordiale, c’est le seul lien de Serge avec le reste du monde.
Ce soir au téléphone, j’ai senti ce lien plus fort que jamais. Nos coeurs devaient battre à l’unisson. La pression lâche le temps d’un instant et il faut penser à demain, après-demain avec optimisme. Plus que jamais avancer avec des certitudes même si ces derniers jours sont démoralisants, le doute ne doit pas nous habiter. Et au fond, je suis moi-même admirative de ce que Serge est capable d’accomplir. Après plus de 17 ans, il me surprend et m’impressionne et je me dois d’être à la hauteur, et d’oeuvrer pour préparer la suite même si ce matin, l’espace d’un instant j’ai pu céder au découragement, me sentant si seule loin de lui comme paralysée.